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Rappel de lait infantile : un signal fort pour la Supply Chain

Depuis décembre 2025, les rappels de laits infantiles se multiplient : certains fabricants (y compris les plus gros) ont été contraints de retirer du marché plusieurs lots potentiellement contaminés par la toxine céruléide, liée à la bactérie Bacillus cereus. Un durcissement récent des seuils européens a même entraîné de nouveaux retraits préventifs début février 2026. [i]

Au-delà de l’émotion légitime — deux enquêtes pénales ont été ouvertes après des décès suspects de nourrissons — cet épisode met en lumière un enjeu stratégique majeur : la maîtrise de sa Supply Chain, surtout dans les industries sensibles (alimentaire infantile, pharmaceutique, cosmétique…). [ii]

Ce que cette crise démontre

Plusieurs industriels concernés pointent un ingrédient provenant d’un fournisseur chinois (l’huile d’acide arachidonique, ARA) comme source de contamination potentielle. Il a été révélé que cette entreprise s’est récemment imposée comme l’un des leaders mondiaux.  A noter, qu’à l’aube des années 2010, c’est l’entreprise néerlandaise DSM qui avait le monopole sur cette huile. « 90 % de la production mondiale d’ARA est concentrée en Chine, et Cabio Biotech [l’entreprise concernée] détient une part dominante » correspondant « à 60-70 % du marché », selon les estimations l’économiste suisse Frédéric Gross.[iii]

Cette situation révèle donc une dépendance critique à des matières premières potentiellement à risque : importées, provenant d’un mono-sourcing. En effet, la mondialisation a multiplié les maillons intermédiaires dans les chaînes d’approvisionnement, faisant que de nombreuses matières premières, dont les vitamines de synthèse, proviennent de l’étranger, en l’occurrence de la Chine. Mais ce qui vient de se produire montre que pour des produits à très forte sensibilité sanitaire, la proximité, la traçabilité irréprochable et la réactivité deviennent des armes de résilience. De plus, la présence d’un unique fournisseur qui détient une part aussi dominante du marché global sur cet ingrédient critique a suffi à provoquer un rappel de milliers de produits dans plus de 60 pays. [iv]C’est la preuve que la diversification des sources d’approvisionnement reste une assurance-vie industrielle quel que soit le secteur. Enfin, même si les industriels concernés affirment que leurs produits restent conformes aux réglementations, les tests renforcés ont révélé un risque suffisant pour déclencher des retraits massifs. Ceci est un rappel que la qualité demeure un aspect non négociable, d’autant plus dans une industrie aussi sensible : les contrôles doivent se faire en continu, pas ponctuellement, même si la réglementation en vigueur n’en exige pas davantage. La transparence totale et les contrôles permanents assurent qu’aucun lot n’y échappe pour mettre potentiellement à risque une vie d’un nourrisson. Ceci n’est pas la surqualité mais la responsabilité sociétale de l’entreprise qui contribue également à son image positive auprès des consommateurs.

Pourquoi cette crise doit secouer les entreprises ?

Ce retrait massif nous rappelle qu’une Supply Chain maîtrisée est une question de sécurité, de réputation et parfois aussi de vie humaine.

Le sourcing lointain introduit mécaniquement des zones grises, pour plusieurs raisons.

Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont éclatées sur plusieurs pays et continents, ce qui réduit la visibilité des entreprises sur les pratiques réelles de leurs fournisseurs directs et indirects. Ainsi, les normes sociales, environnementales et qualité varient fortement selon les pays, ce qui complique la traçabilité. De plus, certaines matières premières peuvent être conformes dans leur pays d’origine mais non conformes aux standards européens. Sans maîtrise, cela crée de nombreux risques :  d’amendes, de rappel de produits ou de mise en danger des consommateurs.

Bien que le risque zéro n’existe pas quel que soit le flux, les facteurs comme la mondialisation des chaînes logistiques et manque de visibilité sur le système qualité des fournisseurs étrangers l’augmentent de manière considérable.

Quelles sont les bonnes pratiques Supply chain ?

Néanmoins, il est toujours possible de sécuriser une supply chain sensible même avec un sourcing étranger.

Premièrement, il est indispensable de réaliser les audits réguliers sur place qui vérifieraient la traçabilité, la conformité des processus de fabrication aux standards adoptés dans l’industrie ainsi que la présence des licences et certifications exigées. Parfois on va jusqu’à déployer des agents locaux pour contrôler les matières directement en usine, avant expédition.

Plus globalement, les entreprises doivent prêter une attention particulière à la gestion des risques fournisseurs liés au faible niveau de traçabilité quant aux aspects qualité, droits humains, instabilité et environnement. Les services achats et qualité peuvent alors procéder à la démarche de notation des fournisseurs selon une liste des critères prédéfinis et surveiller de près ceux qui n’atteignent pas le niveau exigé sous peine d’être retiré du panel. Ajouté au suivi des risques par pays de provenance, ce processus doit être renouvelé régulièrement afin de maintenir à jour les indicateurs.

Il serait, par ailleurs, prudent de mettre en place des tests systématiques des lots (avant production et après) car dans l’industrie infantile, la sécurité repose sur plusieurs éléments : analyses microbiologiques des matières premières, tests réguliers voire systématiques sur des lots entrants ainsi que les lots finis et validation des certificats d’analyses. C’est notamment ce qui a permis de détecter la présence potentielle de toxine céruléide dans les ingrédients du lait infantile, déclenchant les rappels.

Enfin, (et cette règle s’applique à tous les secteurs d’activité) une dépendance à un fournisseur unique est une situation à risque et encore davantage pour les ingrédients/ composants critiques. Afin d’éviter ce risque, il faut qualifier plusieurs fournisseurs pour chaque ingrédient, diversifier les zones géographiques et prévoir un plan B robuste en cas de défaillance de l’un des fournisseurs.

Cette crise nous montre qu’une défaillance Supply Chain peut entraîner des conséquences parfois graves et irréversibles. Dans des secteurs comme la nutrition infantile, la conformité réglementaire ne suffit plus. Les entreprises doivent aller au-delà, en intégrant la gestion des risques, la transparence et la diversification des sources comme des piliers stratégiques. Investir dans la traçabilité et les contrôles continus et la résilience n’est pas de la surqualité : ce sont les actions concrètes de la responsabilité sociétale de l’entreprise, et un vrai levier de confiance auprès des consommateurs.


[i] Lait bébé contaminé – Des seuils plus stricts occasionnent de nouveaux rappels de laits infantiles – Actualité – UFC-Que Choisir

[ii] Lait infantile contaminé : Guigoz, Picot, Blédilait, Gallia, Babybio… la liste de tous les lots rappelés

[iii] Rappels de laits infantiles : l’entreprise chinoise Cabio Biotech concentre les soupçons

[iv] Lait infantile: Popote et Vitagermine (Babybio) rappellent des lots en France, invoquant l’abaissement du seuil pour la toxine incriminée

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